LES DIVINITÉS LOCALES 22

Après cette journée si laborieuse, le pèlerin doit passer la nuit à veiller, distrait par le chant et la danse; il doit aussi donner à manger aux brahmanes. Le matin, dès l’aube, il se baigne à l’étang voisin, prend congé du linga, et continue sa route vers l’Est. Il atteint d’abord le lac Tricampaka, où Mâdhava (Visnu) repose sur les anneaux du serpent Çesa; il répand dans l’eau sainte des offrandes aux Dieux et aux Pères. Entré dans la vallée de Banepa, il va adorer Candeçvarî, protectrice de Banepa, et Candeçvara son compagnon, puis visite le Dhaneçvara-linga élevé par le dieu des richesses, le Gokburakeçvara « qui porte encore l’empreinte d’un sabot de vache » et qui fut fondé par Kâmadhenu, la Vache d’Abondance ; l’Indreçvara, établi par Indra au confluent de la Nîrâvatî (ou Lîlâvatî) et de la Rosamatî; l’Àçâpûreçvara établi par les Trente-Trois dieux. Il rentre dans la vallée du Népal, qu’il longe dès lors par le Sud, et visite le Doleçvara (au Sud de Bhatgaon) qui rappelle un miracle de Çiva. Un brahmane de Bénarès, mauvais sujet, coureur de tilles, buveur d’alcool, se sentit tout à coup pris de remords ; il consulta les ascètes de Vic- veçvara, qui lui donnèrent un bâton. « Pars, lui dirent-ils, en pèlerin; quand ton bâton poussera un rameau, tu seras purifié. » I1 serait en route en multipliant ses austérités; parvenu au Népal, sur le site actuel du Doleçvara, il planta en terre son bâton de pèlerin, et voici qu’il en sortit un rameau. Telle est l’origine du Doleçvara. C’est là la seconde halte du pèlerin : il se baigne dans le Dhârâ-tirtha, passe encore la nuit au chant, à la danse et à écouter la lecture des Purànas. Le malin il prend congé du Doleçvara, en lui annonçant son intention de poursuivre le pradaksina entre¬pris, et se remet en route. Il voit d’abord Sùrya-Vinâyaka, puis l’Ananta-linga, se baigne dans l’étang voisin, présente dans l’eau une offrande aux Pères, distribue des cadeaux aux brahmanes (comme à toutes ses étapes, du reste) ; il visite Vajra-Vârâhî dans sa ville de Phirping, monte sur une montagne élevée pour adorer Ganeça qui réside dans une grotte accessible par une fente étroite ; qu’il se garde d’y entrer, et qu’il jette les yeux seulement sur le Bliâra- bhùteçvara ! De là il se rend au Manah-çiras tîrlha où il adore Hari-Hara, puis au Màtr-tirtha (Mâtàtîrtha), où les offrandes funéraires sont si efficaces, et « où l’on voit encore aujourd’hui des poissons d’or ». Halte de nuit à Gopâleça (Çesa-Nârâyana ?). Le pèlerin passe encore cette nuit, la troisième du voyage, au chant et à la danse; et le qua¬trième matin, rafraîchi par un bain, prenant congé de Go¬pâleça, il se rend à Pândukeçvara, se baigne dans la Pàndu- nadî, passe la montagne, va à Caturvaktreçvara, à Indreç- vara, franchit encore une fois la montagne et rentre dans la vallée du Népal parle Nord-Ouest. Il se rend alors auprès du Nâràyana de l’Ouest (leanguo) et y passe la quatrième nuit à écouter des légendes qui ont trait à Visnu. A l’aube du cinquième et dernier jour, il se baigne, prend congé du dieu et se rend au séjour du Bouddha ( Buddhasthâna, la colline de Svayambhû). C’est là qu’en arrivant de Chine (Mahâ-Cîna)le dieu Bouddha s’arrêta volontairement; c’est là qu’habitent des moines (bhiksus) qui ont abandonné fils et famille, par désir de voir le Bouddha, tout pénétrés de science et de béatitude. Il honore Bouddha d’un pradak¬sina spécial, descend se baigner dans la Visnumalî où il fait des offrandes aux Pères, et se rend à Luntikeça (Budhâ- Nîlakantha, Jalaçayana) où Hari-Visnu est couché sur le serpent Ananta. Il se dirige ensuite au Nord jusqu’au pied des montagnes de façon à rejoindre l’origine du circuit, redescend alors au Sud vers Jaya-Vàgîçvarî (à Deo Patan) et « tout en pensant à Visnu » il se présente devant Paçu- pati. Il répand sur le linga les cinq ambroisies : lait, petit- lait, beurre, urine et bouse; il lui offre des parfums, de l’encens, nourrit des brahmanes, leur paie un digne salaire, et informe Paçupati que le pradaksina est achevé. Pour clore son vœu, il descend se baigner dans la Bagmati, y fait des offrandes funéraires, retourne saluer Yalsalâ. puis Vàsuki le Nàga à la porte du Sud, Yinâyaka à la porte de l’Est, et rentre alors chez lui, libéré de tous ses péchés.
Je ne connais pas le Guide du pèlerin bouddhiste autour de la vallée; mais il n’est pas douteux que ce chapitre du Nepâla-mâhâtmya ait eu sa contre-partie bouddhique. Un grand nombre des sites énumérés sont également sacrés, à des titres divers, au regard des deux religions; chacune des montagnes mêmes a pour la consacrer le souvenir d’un saint bouddhiste : Vipaçyin a demeuré sur le Nagarjun (Jàt Mâtroccha), Çikhinsur le Ghampadevi (Dhyânoccha), Kra- kucchanda sur le Manichur (Çankhagiri), Manjuçrî sur le Svayambhû (Goçrnga), Çàkyamuni sur le Pueéhâgra, en arrière de Svayambhû. Le territoire sacré empiète égale¬ment sur les alentours de la vallée et. embrasse la vallée de Banepa; c’est en dehors du Népal même, à trois lieues Est de Bhatgaon que sont situés le village de Panâvatî et le mont Namobuddha, témoins de la charité sublime de Çà-kyamuni ; c’est là que, pris de compassion pour une tigresse affamée qui allaitai! ses petits, il lui offrit généreusement son corps à manger.
Userait puéril, autant qu’oiseux, de prétendre énumérer les 2 500 ou 2 733 temples compris à l’intérieur du circuit sacré. Je me bornerai donc à décrire les types généraux des monuments sacrés qu’on rencontre au Népal et à signaler, s’il y a lieu, les principaux représentants de chaque espèce.

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