LES DOCUMENTS 29

Les Annales énuméreront à la suite de cette description les ambassades qui ont paru à la Cour depuis 1732 (ambas¬sade des trois Khans) ; 1790 (Han Balladur demande et reçoit l’investiture); 1793 (un envoyé du nom de Ma-mou-sa-yeh apporte le tribut après la conclusion de la paix); 1799 (Ran Bahâdur demande et obtient le rang royal pour son fils Gîrvàn Yuddha Yikram Sâh); 1813 (tribut de Gîrvân); 1818 (tribut de Surendra Vikram Sâh, à qui l’empereur envoie « un aimable message » en 1821); 1822 (Bhîm Sen Thâpâ annonce sa régence) ; 1837 (le tribut, adressé delà part de la Rânî, est refusé comme venant d’une femme), etc.. vrage est de date assez récente; il existe en deux recen¬sions: l’une bouddhique, a pour auteur un moine qui résidait à Patan, dans le couvent de Mahâbucldha, au com¬mencement du XIX siècle; elle a été traduite en anglais sous la direction de M. Wright par l’interprète indigène (munshi) de la Résidence britannique, Çiva Çamkara Simha (Shew Shunker Singh), assisté du Pandit Gunânanda. L’autre, d’inspiration brahmanique, est seule reconnue comme authentique par le gouvernement Gourkha. Le mahârâja Deb Sham Sher m’en a communiqué un bel exemplaire, daté de 1891 samval (= 1834 J. C.) et qui a pour rédacteur le brahmane Siddhi Nârâyana, habitant de Deo Patan; le manuscrit en fut remis « à un excellent homme, nommé Laksmî Dâsa »; mais il ne devait « être donné à personne ». Je n’en sais que plus de gré au mahâ¬râja d’avoir violé celte prescription en ma faveur. Sur la demande du mahârâja Chander Sham Sher, le grand prêtre (guru) du royaume m’a confié son exemplaire per¬sonnel, qui est simplement une copie fidèle du même texte.
Le brahmane et le bouddhiste pouvaient opter entre trois langues pour écrire leur Vamçâvalî : le sanscrit, recommandé par son prestige religieux et littéraire, mais réservé aux savants ; le névar, la vieille langue indigène ; enfin le parbatiya (ou : khas), nouveau venu dans la vallée, où la conquête Gourkha venait de l’introduire. L’un et l’autre ont choisi le parbatiya, et par là trahi la même préoccupation. Ils ne visent point un succès d’école ; ils ne s’adressent pas aux Névars assujettis ; ils veulent atteindre les nouveaux maîtres du pays, également redoutés du bouddhisme qu’ils détestent comme une hérésie, et des brahmanes qu’ils dépouillent au nom de l’orthodoxie. Ce n’est pas une curiosité de dilettante qui porte les deux auteurs à recueillir les souvenirs et les traditions du passé ; ils se soucient moins encore d’élever un monument à l’in-dépendance perdue. Ils ne cherchent qu’à détourner des temples et des couvents la rapacité malveillante des vain¬queurs; ils rappellent la longue suite des miracles qui consacrent l’origine des fondations religieuses, comme une menace salutaire de la vengeance divine prête à châtier les convoitises criminelles. La Vamçâvalî, malgré ses appa¬rences historiques, n’est qu’un rameau de la littérature des l’urânas.
Le compilateur de la Vamçâvalî bouddhique se flatte d’avoir « et vu et ouï bien des choses du passé en vue de son œuvre ». Le brahmane, d’autre part, se targue d’écrire « un ouvrage sans précédent ». Il est impossible cepen¬dant de croire à l’indépendance absolue des deux rédac¬tions. La Vamçâvalî brahmanique n’ajoute rien d’original à la bouddhique ; elle se contente d’éliminer les récits et les épisodes qui tendent à glorifier l’église rivale. Elle adopte le même système de chronologie, les mêmes dates fondamentales. Elle indique, il est vrai, la durée du règne des Abhîras et des Kirâtas, omise dans la Vamçâvalî boud¬dhique; mais il s’agit de dynasties légendaires où l’imagi¬nation est libre de se donner carrière; l’invention arbitraire peut y suppléer aisément aux matériaux absents.
Le titre de l’ouvrage en marque expressément l’origine. Le mot Vamçâvalî (littéralement : généalogie-en-tîle ») désigne dans l’usage des chancelleries royales les listes dynastiques où chacun des souverains vient successivement prendre place, enchâssé dans un panégyrique en général aussi pompeux que banal et vide. La collection de ces panégyriques, qui va naturellement en s’allongeant tant que dure la dynastie, figure souvent en tête des chartes et fournit à l’histoire de l’Inde un précieux appoint. La dynastie des Calukyas Orientaux en est le plus parfait exemple; elle s’est perpétuée durant six siècles; les Vam- çâvalîs inscrites en tête de ses donations ne donnent pas seulement, la succession des princes à travers une si longue période; elles énoncent encore la durée précise de chaque règne.
Au Népal même, la pratique des Vamçâvalîs est ancienne : l’inscription de Mâna deva à Ghangu Narayan, la première en date des inscriptions connues, s’ouvre par une vamçâ¬valî; l’inscription de Jaya deva à Paçupali retrace les ori¬gines de la famille royale jusqu’aux dieux. Le roi Pratâpa Malla deva « prince des poètes » applique formellement le nom de vamçâvalî à un historique de la dynastie Malla qu’il a composé lui-même (.Bhagv. n° 19, l. 1). Les Névars affirment qu’il existe encore aujourd’hui à Patan de longues bandes où sont inscrits dans l’ordre de succession tous les rois du Népal. Bhagvanlal et Minayeff n’ont pas réussi à les voir, et je n’ai pas été plus heureux qu’eux. Il n’est pas douteux cependant que de pareils documents existent, ou qu’il en ait existé : la Vamçâvalî qui fut communiquée à Kirkpatrick, à la fin du XVIII siècle, surpassait en valeur, en richesse, en exactitude les Vamçàvalîs dont nous dispo¬sons.

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